9.18.2006
Kokinu et Mitsukaido
Dans la plaine, on moissonne. Le riz n'a plus la couleur de l'herbe à chat qu'il était au printemps et ses tiges ploient sous les grains dorés que viennent avaler les machines. Des volées de moineaux (suzume) plus gras qu'à l'habitude se chamaillent bruyamment dans les jachères et les talus peuplés de vergerettes hautes comme un homme. Au coin d'une parcelle, un thermo de thé jeté dans l'herbe et une bicyclette attendent la fin du labeur que les hirondelles et une bande d'aigrettes accompagnent, profiteuses. L'aubaine des nuées d'insectes dérangés les excite. Les échassiers tendent le cou, le bec. Les bata, grandes sauterelles vertes des rizières qui s'envolent avec un cliquetis caractéristique ne mangeront pas le regain qui viendra aux prochaines pluies. Dans les autres terres, plus précoces, déjà récoltées, l'on boute le feu aux chaumes et des flammes pas gaillardes laissent derrière elles une fumée acre qui s'élève à peine.
Dans les hameaux, les chiens ahuris hésitent à aboyer. Des épouvantails veillent sur les jardinets. Les dernières aubergines, les derniers piments voisinent avec des buissons de shiso, grande ortie délicieuse, des repousses de salade et des rangées d'oignons ou de taros aux grandes feuilles en cœur étiré. Les treilles supportent des kiwis qui ne mûriront pas tous à temps et les kakis, blets, piqués par les oiseaux, tombent aux pieds des plaqueminiers. De la façade des hangars pendent des trompes molles: les tuyaux par lesquels sera soufflé le son du riz (gaïnmaï) avant qu'on ne le rapporte aux champs pour l'y brûler.


Soirée à Mitsukaido. Les ramen-shops ne manquent pas le long de la route 294 qui file vers Chikusei. S'y trouve aussi un Mc Do, un KFC. Mais pour un dîner, mieux vaut tenter les boui-bouis s'il y en a, sinon ce qui y ressemble. Ainsi je rentre chez Isami-zuchi. Les sushis d'Isami. Pas si boui-boui que ça à l'intérieur, mais suffisamment chaleureux pour rencontrer monsieur et madame Yamada: Atzushi que rejoindra sa femme Katsui, une heure plus tard. Bons vivants, ils se débrouillent en anglais et voudraient m'inviter à dormir sous leur toit. Ce soir, l'imprévu est trop important pour ne pas embarrasser Madame Yamada aussi remet-on cela au lendemain ; rendez vous est pris mais cette nuit sera nuit de camping aux abords de la Kinu-gawa.
Au matin, les joggeurs, quelques cyclistes, un vieil homme et son chien qui passent sur le chemin goudronnés me prêteront à peine attention. Mais disant bonjour à une Oba-chan (grand-mère) rentrant du potager avec une serpette et quelques légumes dans son sachet plastique terreux, je gagnerais une invitation à boire le thé. C'est pas que je m'en régale, mais j'accepterais la boisson chaude et un biscuit avant de repartir.
9.01.2006
Fuji-san
Au pied de l'immeuble Subaru, sortie ouest de la gare de Shinjuku, les randonneurs se retrouvent réservation en main et s'installent dans les nombreux cars. Kimiko, Kazumi et Ryoko sont équipées et leurs chaussures neuves me font sourire lorsque il me saute au yeux que les autres passagers se sont aussi mis en frais pour l'occasion.
Apres quelques heures de route, le car nous dépose à la cinquième des huit étapes jalonnant la montée vers le cratère. Sur une esplanade, des groupes de jeunes gens prêts à grimper lancent un cri et se mettent en marche. De moins jeunes pour s'échauffer répètent de la nuque des genoux et des bras les mouvements de leur guide. Sur le haut de la place, des chevaux, après avoir promené des enfants, se figent dans leur résignation de bête fatiguée. Ils ne regardent plus passer les grappes de marcheurs.
Fuji-san ici reste caché par les nappes d'une brume qui bat mollement ses flancs. Après l'emplacement des chevaux, un chemin descends sur plusieurs centaines de mètres avant que n'apparaisse le panneau qui balise la voie vers le sommet. Bifurquer à droite. La végétation s'éparpille alors et le sol, plus sec, rouge et noir de scories légères, crisse sous chaque pas. Le chemin balafre la montagne de ses larges zig-zags de contreforts métalliques, de murs protecteurs jusqu'à rejoindre les stations 7 et 8. Accrochées à la pente, raide maintenant, les yamagoya, se succèdent. Odeurs de sanitaires difficiles à tenir propres, fenêtres d'où l'on propose barres chocolatées, boissons et petites bonbonnes d'oxygène, foyers que des hommes au teint mat entourent de leurs jambes s'offrant pour 100 yens de marquer votre arrivée jusque là par l'application d'un tampon de fer rouge (yaki-i) sur votre bâton acheté 1000 yen au départ.

Halte au yamagoya Toyo-kan. Sous des airs de refuge, une usine. L'affluence des randonneurs impose un repas par roulement de services et un jeune employé vous guide vers les dortoirs. Pas d'autre choix pour pioncer que de se plier à la mode du lieu, s'installer flancs contre flancs, tête bêche, avec à droite, à gauche les pieds des voisins. Douze pèlerins sur ce châlit, autant au dessus, autant à gauche, cette pièce est la seconde sur ce modèle, en plus de la salle du repas (futons apercus, rangés sur les côtés) et de deux salles annexes supplémentaires. Du monde pour peu et mal dormir.
A minuit trente, avec du retard sur ceux contre lesquels on pestait depuis une heure parce qu'ils pliaient bruitament bagages et baladaient les lumières de leurs loupiottes, départ pour le sommet. Le chemin large est devenue une sente. La procession multicolore des imperméables y piétine à la lumière des frontales; l'idée d'attendre le lever du soleil jambes dépliées et fesses sur une pierre plate s'échappe dans cet embouteillage, le froid vient à chaque immobilisation. La colonne des randonneurs ne s'anime plus qu'aux coups de vents. Que l'un vienne à ouvrir une brèche sur le ciel étoilé et une rumeur d'émerveillement la parcourt.
Le sommet est encore loin, le ciel déjà plus si noir.
En fait de rouge, il apparaîtra blanc, l'Astre. Petit et pas longtemps, vite repris par les nuages.
Suffisant toutefois à satisfaire l'envie de ce moment, si nippon.
8.30.2006
8.14.2006
Ibaraki-ken, côté mer: Rencontre.
Dans l'isakaya où la bonne fortune m'a poussé, la porte aux petits carreaux opaques ouvre sur une joyeuse ambiance. La mama-san au rouge à lèvres écarlate m'accueille dans une pièce décorée de photos de mikoshis tandis qu'un jeune couple parle fort avec la serveuse et qu'un gros bonhomme termine un plat de sashimis en s'adressant à tous. Sur deux étagères face à moi, des bouteilles où des demi fonds d'un alcool jaunâtre attendent le retour des clients dont elles portent les noms. Justement, le gros bonhomme – Akiyama-san - ne tarde pas à demander la sienne.
Avec mon air de pas du coin, j'égaye encore ce petit monde curieux de tout ce qui pourraitt expliquer ma présence. Akiyama-san, répète entre deux rires le mot "furansu-jin" (Français) dans son portable et fini par m'annoncer qu'il a appelé un ami anglophone à la rescousse. J'avale un tempura de congre et ses grains de gros sel, un bol de soba "service" (offert) puis entame avec l'ami arrivé une soupe du pêcheur qui oblige à plonger ses baguettes pour dépiauter la tête de poisson qui la parfume. La conversation avance et, quand je fait part de mon intention d'aller à Nakaminato, Akiyama-san se propose de m'y conduire en voiture le lendemain. J'accepte et il solutionne alors bien vite le problème du rendez vous matinal (où, quand ?). Je suis invité à planter ma tente sur la pelouse d'un établissement dont il est manager: une "group-home" que je mettrai plusieurs minutes à identifier comme une maison de retraite où vivent me dit-on des personnes âgées ayant perdu la tête. Mais aucun problème à ce que je profite du moelleux de l'herbe tendre et, sur place, Akiyama-san donne même les consignes nécessaires à mon petit déjeuner !
Ainsi, je ne verrai pas la mer ce soir. Je m'endort dans la tente igloo riant de ce que penseront à l'aube les petits vieux découvrant cet OVNI sur leur verdure, entre trois plants d'aubergine et la haie de cyprès.
Au matin, Aki-yama san est en avance. Qu'importe puisque à 5h les coqs du quartier ont donné de la voix. Je plie la tente et petit-dejeune. Riz, soupe et - ce qui amuse mon hôte: nato, ce soja fermenté dont j'expliquais hier que c'est l'un des rares plats de la cuisine nippone qu'il m'est impossible d'avaler. Je le laisse de côté et va pour la ballade.
Aki-yama san, pour vous en faire une idée, ressemble à Carlos. Plus que bien-portant, l'air jovial et des mains de gros bébé, il traîne ses claquettes, dodeline à chaque pas et s'essouffle vite. Il me mettra à table à 12h pour une platée de riz chinois puis à 13 pour un copieux repas de sushis. Il m'emmènera aussi dans l'une de ses agences où légèrement cruel il rigolera beaucoup d'un jeune assistant affolé de voir en moi un test pour juger de son anglais. Sur la route, fort de son Sanseido's Daily Concise English dictionnary, il enclenchera plus d'une fois les warning pour se rabattre sur le bas côté et chercher le mot susceptible de débloquer la conversation. Il m'expliquera qu'il est né à Kawarago, village que nous traversons, s'est marié à 22 ans (réponse à ma situation qui l'étonne) et se partage aujourd'hui entre la direction d'agence de téléphonie mobile, la vente d'un logiciel et la gestion de la maison de retraite devant laquelle ma nuit s'est écoulée.
Son pécher mignon, c'est la course. Pas la sienne mais celle des pigeons voyageurs ! J'apprendrais ainsi qu'un certain Robert, Français, est une célébrité dans le monde colombophile, que les volatiles les plus doués se négocient autour de 10 000 000 yens - la bagatelle de 67 700 euros si j'ai bien compris – et qu'ils sont capables de trajets Barcelone/Nord de la France.
Je n'ai pas été malheureux de cette rencontre. D'Izaura à Agiura, sous un temps plutôt mauvais ce matin, l'hospitalité d'Akiyama-san a été sans faille. Il m'a laissé à Nakaminato, sous le soleil, dans un parc où je pourrais passer la nuit...à défaut de maison de retraite.
Ibaraki-ken, côté mer: Pêche aux calamars


La nuit venue – ici elle s'abat à six heures et est noire à six heures trente – les hostilités commencent. Une rangée de très grosses ampoules à filament émet une lumière vive et chacun à son poste plonge et remonte sa ligne. Mon voisin de gauche mouline, tout en tirant sur canne avec un mouvement que je tente d'imiter. Celui de droite laisse œuvrer son moulinet automatique et observe les vibrations de son fil le menton sur la rambarde. L'imperméable que l'on m'a donné devient utile quand les calamars mécontents expulsent un jet d'eau puissant, parfois mêlé d'encre. Je comprend aussi pourquoi mes compagnons jettent brutalement leurs prises dans les bassines: les calamars désespérément cherchent à mordre et sont tous tentacules dehors. A l'horizon, plusieurs points lumineux signalent la présence d'embarcations identiques à la nôtre. La nuit en mer n'est pas solitaire. Le plumage blanc de quelque oiseaux accroche la lumière et l'eau s'anime de nombreux reflets. Des bancs de fretin sont pourchassés par d'avides maquereaux et les silhouettes allongées de dorades coryphènes sillonnent la surface, elles aussi en en chasse. Plus d'une fois, leur accélérations menaçantes poussent les poissons volants à prendre l'air.
Pendant tout le temps de cette sortie, je résiste à l'envie de sortir mon filet à insectes pour élucider le mystère de ces petites bulles argentées qui me semble être des Gyrinidés.
Le temps passe. 18 calamars et deux maquereaux plus tard, il est minuit. J'ai réussi à démêler jusqu'au plus inquiétant des embrouillaminis dont ont été capables mes cinq hameçons et la soirée a vite filé. On rentre. Mes calamars vont au copain de gauche pour son aide, mes maquereaux à celui de droite pourtant pas très agréable. Au port, tous se pressent autour du bac à glace pour recouvrir leur pêche. La patronne s'enquière de mon état et rassurée de me voir heureux me remercie. Je décline une invitation à aller dormir à Saitama et, après un ultime salut, rejoint le parc. Je m'y endorirai sur les hauteurs de la ville, non sans avoir fait le tour des lampadaires...dès fois qu'un Kabuto-mushi se serait laissé prendre.
8.13.2006
Ibaraki ken, côté mer: Nakaminato
A Nakaminato pas de sable. Sa côte est l'un des rares reliefs nippons du Mésozoïque. Une formation de craie dit le guide. Entendez par là que dans ses strates que la mer peine à défaire il se trouve quelques fossiles. Ammonites, bivalves. J'aurais beau scruter, je n'en ramènerais pas un. Les dilettantes japonais, nombreux ce week-end, baissent aussi la tête, se mettent à quatre pattes, s'accroupissent aux rebords des flaques. Plus que le fossile, ils guettent la faune marine. Leur minots portent une épuisette ou un seau dans lequel tournent en rond des crabes pas plus gros qu'un ongle. Certains aussi remuent le gravier et la vase accumulés au fond des cuvettes rocheuses pour en extraire de petites coquilles aux robes cryptiques, Asari, comme me le dira un vieil homme occupé à cet orpaillage, griffe métallique à la main.
Sur toute sa longueur, la route est bordée de voitures et de ces petits vans "tunés" conduits par des Japonais en marcel, aux cheveux roux peroxydés. Avec leurs pépées aux chaires joliment dorées, ils pique-niquent autour d'un barbecue, fenêtres du carrosse grandes ouvertes pour que puisse s'entendre leur musique Rn'B.
Je marche sous le soleil comme si j'avais des kilomètres et des kilomètres derrière, des kilomètres et des kilomètres devant. Une paire d'occidentaux en vélo me lancent un "take it easy"...Comme si j'etais un baroudeur.
7.09.2006
Sado-ga-shima
A Niigata, prendre le ferry où payant 100 yens de plus que le prix du billetl'on peut, déchaussé, s'envelloper dans une couverture verte et s'allonger sur la moquette bleu-gris. 2h30 de mer en vue. Les gosses font les pitres, les adultes roupillent ou cassent la graine: 6h33, bento et premières bières.
8h30 et des bananes, arrivée a Ryotsu, port de la facade Est de l'île. Sado-ga-shima est une grande île vouée a la pêche et la culture de riz. Quelque soit la route étroite et sinueuse que l'on empreinte, l'on traversera un de ces villages de pêcheurs où les maisons de taules et de planches grises usées par les embruns cuisent au soleil sous un toit de tuile noires. Sur une feuille que retient à chaque coin un caillou, une vieille femme retourne des laminaires. A l'abris des porches, les bottes d'oignons suspendues laissent tomber de legères peaux cuivrées sur un bordel de planches vermoulues et de bambous fendus. Au pieds des murs, des filets trop rapiécés oublient leur vocation marine. A 10h, pas même un cris de mouette pour agiter l'air.
Au nord de l'île, Futatsu-game offre le panorama de deux îlots à la carapace bombée, ces "deux-tortues" du lieu-dit baignent dans une eau claire. Autour, par trois-quatre metres de fond, Sazae et Awabi sucent les rochers aussi discrets que possible et les tentacules d'une pieuvre (Tako), se derobent sous une roche, furtifs. De longues algues montent verticales dans ces eaux calmes, un poisson effayé glisse entre leurs frondes. La clarté de la Mer du Japon et sa tranquilité permettent aux habitants de l'île l'usage d'une embarcation de pêche au profil surprenant, le Taraibune, demi-barrique de bois mue à l'aide d'une unique pagaie ou d'un petit moteur. A son bord, femmes et hommes du pays viennent scruter les fonds de rocaille au moyen d'un periscope et manient de longues tiges munies de pointes pour déloger les mollusques. De retour au port, un coin de grosse pierre et un marteau suffisent à redonner son piquant à l'outil et la récolte immergée dans un casier de plastique attendra dans l'eau du port le jour de marché.
A Ogi, dans le sud, sur le coup des sept heures au matin d'un dimanche, se tient l'un de ces marchés. Dans un petit hangar, des caisses de bois d'une vingtaine de centimetres de hauteur s'allignent avec leur contenu de coquilles. Un pieuvre, dépitée contre la pesanteur, s'épand en une flaque luisante et visqueuse ; voisinent le joli bleu de poissons-volants (Tobi-uo) et les dorsales hérisées de poissons-pierre. Un homme, calepin à la main, va d'une allée à l'autre, évalue chaque lot et griffone. Sur une étagère, des écailles sèches collent encore à une balance.
A 7h aussi des nuées de mouettes annoncent l'arrivée d'un petit chalutier. Dans ses cales, quantités de Adji, poisson au teint verdatre dont le flanc porte vers l'extremité caudale de grosses écailles désagréables. Commun en Sashimi, c'est le poisson qui vous regarde dans l'assiette et frissonne de sa nagoire dorsale lorsque vous en consommez la chaire.
(...)
6.20.2006
Boso Hanto
La journée à Hota débute tôt. A cinq heures les moteurs diesels toussent déjà et d'un chalutier il faut vider les cales. Les hommes sont venus, qui en scooter, qui en 4x4. Casquette enfoncée sur le crâne, gants de caoutchouc et salopettes cirées, ils sont à l'affaire: trier calibrer et peser la pêche. Des maquereaux passent, des bonites des calamars et ceux là, des anchois (?). Glace et poissons, les caisses de polyester s'emplissent. Le cariste tout en allers-retours les évacue sous le vol des corbeaux et des busards, larrons pour l'occasion. Chacun sa méthode. Les uns piquent effrontément balançant les serres, les autres minaudent jusqu'à donner du bec. La croassante nuée chaparde et se chamaille.
Après Hota, la voie ferrée et la route continuent à longer la côte, succession de roches sombres battues par la mer et de sables grossiers. Au prochain village, des hommes ratissent la plage grise et des fumerolles montent des foyers qu'ils ont allumés. Un petit Fugu est échoué. A Tateyama enfin il faut prendre un bus pour rejoindre Shirahama.
Shirahama. Un immeuble, peinture fraiche et 11 étages, et cette petite grand-mère, cent ans au moins. A pas constant elle avance courbée sous une hotte de bambou et sa récolte d'algues rouges qu'elle ira renverser sur un rocher ou quelque endroit d'asphalte. Plus tard, elle s'assiéra dans un coin d'ombre pour en séparer les brins déshydratés des déchets de plastiques.
En bord de route, côté terre, les boutiquières exposent aussi à ce haut soleil d'après-midi leurs étals. Filets de maquereaux parsemés de sésame et fretin aux reflets vif-argent sèchent sur les claies de bois. Derrière, des bouffées de fraîcheur s'échappent du magasin climatisé et Awabi (ormeaux) et Sazae, gros escargot de mer, glissent d'une vitre à l'autre de leur vivier sans que ne s'apaise leur inquiétude. Le fumet qui s'élève du brasero voisin les renseigne trop clairement sur le sens du mot Yaki (grillé). Ils ne se laissent plus bercer par le ronron des pompes renouvelant leur eau.
Futomi (proximité de Kamogawa). Lever du soleil. Dans le port, j'ai trouvé une charrette. Un gars qui r'gardait l'soleil et s'est mis dans l'idée d'me faire profiter. J'suis pas contre, j'suis même emballé. Des fois qu'i'y aurait des coins qui m'auraient échappé. Me paye un café en canette, au distributeur du coin et me ballade, là ou sans lui j'serais de toutes les façons passé. Me raconte moult choses, parfois en anglais mais à me montrer trois fois la deuxième fenêtre de l'immeuble blanc, en face, derrière laquelle il habite, je finit par le prendre pour l'idiot du village. A moins qu'il ne soit véritablement inquiet que son propos m'échappe ? De quoi épiloguer et n' pas s'en défaire – j'suis pas du genre à vexer l'autochtone quand il se montre av'nant. Alors dans mes petits souliers, j'le suis en espérant. La semelle de ses tongues traîne, assez agaçante, et il brûle en une heure un demi-paquet. De je n' sais quel clope, mais, allégrement, il en éparpille les mégots, les semant à tous vents à tous courants. Il m'oublie un peu à l'entame d'une parlotte avec le pêcheur du pont. Cui-ci à force de promener son esche sous l'nez d'un baliste vient d'attraper la bête aux couleurs fucus, au museau pointu. Ca fait animation. Un autre gars s'y joint. La dorsale ondule, une fois le poisson saute, l'arête barbelée s'agite. Mais l'pêcheur est averti des surprises de cette poiscaille. I' n's'empale pas la lourde. Il appèle déjà, au téléphone, sa femme (?), un restaurateur (?) pour prévenir de la belle prise (belle à en croire son enthousiasme car question baliste vot' serviteur n'est pas balèze). Puis nous on continue, mon bonhomme et moi. Me conduit à la serre aux fleurs et son grand parking. L'a cru peut être que c'est c'que j'cherchais. Logique, quoi à voir ici autre que ces lys et ces tulipes ? M'sieur est rud'ment content m'y avoir mené, tellement qu'il s'en repart...sans que j'en sois tout à fait fâché.



























