6.02.2006

Gunma-Ken

Préfecture de Gunma. Fin avril. Aux abords des chutes Fukiwari, sur les étals de boutiques, les spécialités d'un Japon montagnard attendent le passant. Sauterelles, caramélisées dans une sauce soja épaisse, alcools, troubles (médicinaux ?), dans lesquels macèrent une douzaine de frelons ou une vipère, truites, empalées sur un bambou et cuisant avec lenteur autour d'une braise, une croûte de sel figée sur leurs nageoires.
Après cette halte – que font par cars entiers les touristes nationaux – les lacets d'une route étroite grimpent et dévalent, saignant les congères oubliées du rude hiver. Les sommets sont encore blancs. Pourtant, dans les stations, les moto-neiges attendent d'être remisés, les patins sur la caillasse. Le temps est devenu chaud et les premiers insectes volent. Moucherons et papillons. Dans les vallées, agricoles, l'herbe des rus ondule dans le courant soudain de la débâcle. Les caniveaux de village gargouillent et les rivières, furies, grondent poussant leurs gros galets.
Suée par une vielle neige salie sous les forêts de Sugi, cèdre japonais, l'eau imbibe les sols et, du ruisseau à la rivière, de la rivière à la rizière, courre gaiement. Printemps ! Les petits oignons blancs ont été arrachés et trois dames bavardes vendent les inflorescences amères du Fuki, les pousses délicates de fougères et cette sorte d'asperge aux feuilles de framboisiers qu'elles nous invitent à goûter. Près d'Ozé, une pente détrempée laisse fleurir ses Aracées, Mizu-basho. Corolles blanches jaillies de l'humus, élégantes. Un photographe lourdement équipé saisi l'instant. Une jeune femme photographie aussi, accroupie. Mirant la fleur sur son keitai (téléphone portable) elle s'extasie, voix aiguë.

La nuit passe dans une de ces maisons d'hôtes où vous attendent des chaussons de skye marron, trop petits, qu'il faut quitter sur le seuil des chambres. Où, l'on fait coulisser un battant de bois et papier pour trouver son futon, sa couverture et l'oreiller dont les grains aux sonorités cristallines épousent la nuque. Un service à thé patiente. Sous le kotatsu, table basse accouplée à une couverture, les pieds se réchauffent à l'incandescence d'une résistance. Le sommeil vient.